Déclaration

Burundi – La crainte d’une mobilisation pour le «non» à la réforme constitutionnelle affole le pouvoir et autorise les discours les plus incendiaires!

Décidément, les événements sanglants de 2015 n’ont pas servi de leçon. Les chiffres sur les massacres de jeunes manifestants perpétrés par des éléments des corps de police et des Imbonerakure (plus de deux mille morts), les disparitions forcées, les départs massifs en exil (plus de quatre cent mille réfugiés), les déplacés intérieurs, les prisonniers politiques (autour de six mille) ont laissé pantois le monde entier au point qu’une enquête internationale a été lancée par la Cour pénale internationale, CPI.

Voulant se maintenir au pouvoir ad vitam, le président de facto Nkurunziza veut enterrer à jamais les Accords de paix d’Arusha, socle d’une paix fragile que le pays avait retrouvée et s’affaire à créer une constitution à son image. De plus, le pouvoir de facto divise le peuple en s’appuyant sur les divisions ethniques du passé, les mêmes divisions qu’il disait venir combattre en étant encore au maquis. Ainsi pour le CNDD-FDD, les Burundais n’ont plus le droit de se considérer comme un même peuple ayant les mêmes droits et devoirs que leur accorde la loi fondamentale. Le pouvoir veut les maintenir dans des ghettos ethniques condamnés à se regarder en chiens de Faïence et à s’affronter impitoyablement, dans un rapport de force établi  et régulé à sa guise, en faveur d’une ethnie choisie et nourrie par lui au détriment d’une autre, honnie et sans cesse animalisée par le même pouvoir pour la rendre éternellement vulnérable.

Ainsi, l’Organisation des Nations Unies (ONU) craint des débordements et l’exacerbation des tensions politiques avec la révision de la constitution. La population, quant à elle, redoute ce pas en avant, un de plus qui amènera le pays vers l’abîme. Les officiels du parti ne se cachent plus pour menacer ouvertement les gens, en invitant une population médusée à “viser la tête avec un marteau et à ligoter ” toute personne qui serait opposée au référendum. N’est-ce pas leur chef qui avait donné l’exemple, en menaçant les membres de son parti, non acquis à sa cause, leur disant qu’ils se retrouveraient au paradis?

Le pays est au point mort. Toutes les initiatives prises par la communauté internationale en vue de créer un minimum de terrain d’entente, à travers le dialogue, entre le pouvoir de Bujumbura et l’opposition, surtout celle n’étant pas sous l’aile du parti au pouvoir, ont montré leurs limites. À cela s’ajoute les faits suivants symptomatiques d’une situation littéralement explosive, résultant d’une idéologie d’exclusion et d’un radicalisme sans bornes en matière de mise en place d’une culture dictatoriale et divisionniste:

  • la paupérisation extrême de la population par le fait que tous ses efforts sont orientés vers les activités politiques et à caractère propagandiste, les autorités quant à elles ne se livrant qu’à la corruption, l’absence de vision pour le développement durable étant la marque de fabrique du pouvoir en place (2005 à nos jours);
  • l’installation d’un climat de terreur et d’un discours récurrent de haine et d’exclusion aux antipodes de l’esprit de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi (2010 à nos jours);
  • la politisation et l’endoctrinement à outrance des corps de défense et de sécurité en vue de les préparer à commettre l’innommable (massacres de 2015 et poursuite de violences);
  • le refus de respecter le prescrit de la Constitution afin de s’octroyer un mandat illégal et illégitime, au mépris de tous les appels au bon sens et à la responsabilité (avril 2015);
  • la répression éhontée et démesurée des manifestations pacifiques avec pour résultats des milliers de morts, de disparitions, d’exilés et des emprisonnements arbitraires (2015);
  • les manifestations intempestives et exclusives orchestrées par le pouvoir dans le but de culpabiliser l’opposition et la communauté internationale et d’installer dans les esprits, la haine de l’autre et le besoin de blâmer et d’exclure toute personne ayant une voix discordante (2015 à nos jours);
  • un projet de révision de la Constitution devant être soumis au référendum de mai 2018 sans consensus préalable au niveau de la classe politique vient couronner le tout. D’aucuns pensent d’ailleurs que le résultat (manipulation du fichier électoral) serait déjà disponible avant même la tenue du référendum, raison pour laquelle une éventuelle mobilisation pour le «non» affole le pouvoir. Les discours haineux et incendiaires initiés par le pouvoir fusent de partout.

Face à cette situation dramatique pour l’avenir du pays, L’ABC demande ce qui suit :

     A la population burundaise

  • De refuser toute idéologie de haine et d’exclusion qui sape les fondements même de la nation;
  • de rejeter en bloc une justice à double vitesse et de réclamer plutôt une justice saine qui ne protège pas les coupables et les criminels de tout acabit;
  • de se réunir autour des valeurs d’unité et de réconciliation, en refusant tout discours tendant à la prendre en otage et à la transformer en bourreau à l’égard de ses semblables.

    A la communauté internationale

  • De suivre de près les agissements éhontés du pouvoir de Bujumbura et de voler au secours d’une population en détresse, en donnant tout son sens à la responsabilité de protéger;
  • de faire siennes les leçons de l’histoire et d’éviter d’accompagner, par inaction, distraction ou inattention, la descente aux enfers de la population burundaise;
  • de noter qu’avec la révision de la Constitution, la détermination du gouvernement burundais à enterrer définitivement l’accord d’Arusha est sans égale et que si rien n’est fait pour l’en dissuader, il sera encore plus difficile d’envisager un quelconque retour à la normalité. Les chances d’une paix durable seront tout simplement impossibles à envisager;
  • de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher l’enterrement de l’Accord d’Arusha, un accord dont elle est le parrain ultime et légitime.

 

Fait à Ottawa le 14 février 2018       

 

© L’Alliance des Burundais du Canada, l’ABC

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