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Méfiez-vous de ce tapis rouge d’horreur! 

Monsieur le Maire,

Vous visitez notre pays, il est beau n’est-ce pas? Or ce pays compte à peu près plus de 400 mille réfugiés selon le HCR. Ces gens-là n’ont pas fui la paix. Ces réfugiés n’en veulent pas au régime comme vous le dites non plus, le régime a plutôt quelque chose contre eux! Nuance. Car voyez-vous, votre hôte a violé la Constitution en s’arrogeant un 3e mandat illégal. Inspirés par la vague de jeunes qui, sur le continent, rejettent ces présidents à vie, de braves patriotes ont protesté afin de sauver l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, en particulier, en son article 7 point 3 qui interdit d’exercer plus de 2 mandats. Obtenu sous l’égide de Nelson Mandela et Julius Nyerere, quoique perfectible, cet accord donnait une chance à la paix à ce beau pays si longtemps meurtri.

Une grande et impitoyable répression contre les manifestations s’en est suivie. Elle fut féroce, très féroce, en particulier à Bujumbura, la belle Bujumbura, où votre projet de jumelage comprend des solutions pour gérer les déchets de la ville. Faites surtout attention, lors du nettoyage, aux squelettes des nôtres enfuies dans des fosses communes afin qu’on puisse les enterrer, dignement, un jour. Oui monsieur le maire, en dessous du tapis rouge d’horreur qu’on vous déroule, vous enjambez, sans le savoir ou en connaissance de cause, plusieurs cadavres des nôtres; des victimes de cette répression terrible qui continue.

Mais de grâce monsieur le maire, ne dites pas n’avoir constaté de danger. Je vous l’accorde, c’est difficile de voir, tant la vue est obstruée par une absence de véritables et crédibles associations des droits de l’homme qui ont été bannies, leurs leaders étant soit en prison ou en exil. Le bureau des Nations Unies en charge des droits de l’homme étant fermé; une centaine de journalistes étant en exil; les médias étant brûlés et les derniers médias libres étant sur la sellette, en passe d’être fermés. La Radiotélévision Nationale du Burundi (RTNB), l’unique média public audiovisuel, a maintenant à sa tête le chef des Imbonerakure, tout comme le ministère des affaires étrangères, un ancien chef aussi. Pour rappel, les Imbonerakure, que l’ONU qualifie de milice et qui se rapportent directement au président, commettent des viols, tortures, meurtres et disparitions forcées en toute impunité. D’ailleurs, on apprend qu’au même moment où vous serrez la main du président, une fillette de 13 ans aurait été violée par un imbonerakure. Ses cris ont probablement été bouchés par les sirènes du cortège du maire de la ville qu’on a mis à votre disposition. Accordez-nous de reconnaître et de vous concéder, en retour, le fait qu’on ne saurait percevoir «aucun danger particulier» dans un tel contexte.

Soyez tout de même curieux. Lisez les rapports des organisations des droits de l’homme, celui des experts de l’ONU ou celui du Sous-comité des droits internationaux de la personne du Comité permanent des affaires étrangères du Canada. Malgré le bon accueil de la population, car c’est malgré tout notre tradition, consultez les statistiques du PNUD, l’indice de la corruption, les chiffres de l’OMS, pour vous donner une idée de la misère dans laquelle elle croupit. Ne vous fiez pas aux thuriféraires du régime à l’instar de Willy Nyamitwe, qui tire à boulets rouges sur un journaliste de La Presse pour avoir écrit sur cette visite, car ces sbires ont leurs familles chez “les colons”, comme ils vous appellent. Le Chef du protocole et bras droit du président, aperçu sur une de vos photos, sa famille est ici au Canada à l’abri, interrogez-vous pourquoi.

Ceci est une interpellation de la part des « Mujeri», comme nous appelle le président Nkurunziza, soit des chiens faméliques enragés. A éradiquer donc. Lors de l’holocauste, les gens à exterminer étaient traités de vermines et de rats pour mieux les déshumaniser, les chosifier pour justifier leur extermination! Vous êtes un homme intelligent, le parallélisme ne vous échappera pas. Ne faites donc pas le jeu du régime.

Un grand homme a dit: «Ce qui me fait peur ce n’est pas la méchanceté des gens méchants, mais le silence des justes». Or, il semble que vous êtes, tout de même, un homme bien. Votre hôte sera probablement là à vie, soit en rempilant pour un énième mandat à la tête d’un pays exsangue, soit en étant intronisé comme Roi comme cela se murmure, voir en passant la main à sa femme, comme disent d’autres rumeurs. Ce qui est sûr? D’autres souffrances humaines à l’horizon. Vous, vous serez toujours un hôte de marque, tant et si bien que vous fermerez les yeux sur le sort tragique des Mujeri et les crimes contre l’humanité de ce régime. « Malheur aux yeux fermés» dit le prophète. «Je me souviens», dit-on ici, au Québec.

© L’Alliance des Burundais du Canada, l’ABC